centre cochon

imagesJe ne vous laisserai pas mariner plus avant dans le doute quand bien même votre secrétaire vous fait croire que vous êtes sur la bonne voie en multipliant ses injonctions à vous recentrer sur l’espace géographique national alors que le centre de la France n’est pas en France mais en Bretagne. Je l’ai découvert la semaine dernière à Guéméné sur Scorff, parmi une foule fébrile qui fêtait l’andouille.
J’étais à bicyclette, revenant de Concarneau vers La Mézière(…)
Donc, pédalant dans le boyau principal ascendant de ce chef lieu de canton, je fus progressivement arrêté par une impénétrable concentration de public et dus mettre pied à terre sans plus avancer d’un pouce. Affluait ici une foule incroyablement diverse. On eût dit que le monde entier s’y était donné rendez-vous : Bigoudènes supportant droitement le calvaire de leur coiffe, chamanes mongols dansant la gavotte, familles endimanchées suivant les pianos à bretelles, vendeurs ambulants de saucissons, de gâteaux, de ballons et touristes anglais délaissant la succion de la crème glacée pour l’élastique mastication de l’andouille. Car tous ces gens, pris d’une soudaine passion pour la charcuterie de boyaux concentriques qui faisait le ravissement du Père Ubu, s’étaient donné rendez-vous à Guéméné sur Scorff pour en célébrer l’importance capitale.
S’il faut trancher la question du centre, armons-nous de notre démonte-pneu et voyons comment ici, au milieu approximatif d’une ligne qui traverse la Bretagne d’ouest en est, à l’endroit où elle s’épaissit d’une concentration spectaculaire de porcheries, elles veut bien se présenter au pauvre cycliste que je suis, confronté à l’inertie des foules piétonnes après avoir échappé au fumet kilométrique du lisier.
Du bout crochu de notre instrument, attrapons l’extrémité de l’appendice caudal d’un de ces innombrables mammifères roses et pansus et tirons-la : que se passe-t-il ? L’hélice soyeuse se tend pour former une ligne droite qui passe par tous les centres des circonvolutions naturelles qu’elle formait avant que nous la saisissions. Si nous la relâchons, elle reprend immédiatement sa forme d’origine, et son extrémité pointue indique l’échappée de l’axe, résolument tournée vers l’extérieur, à l’opposé de son postérieur. Ainsi, selon le cochon, le centre est ce qui lui est antérieur, le passé en quelque sorte. Et le passé de Guéméné, c’est le paradis du cochon, avant que l’on industrialise son jambon dans les abattoirs concentr…ationnaires que l’on connaît aujourd’hui.
Maintenant, dénions aux industriels de l’alimentaire le privilège de tuer des masses de porcs pour engraisser le capital et boucher les artères de nos contemporains et faisons-nous l’humble artisan de sa charcuterie en enfilant ses boyaux les uns dans les autres, à commencer par le plus étroit jusqu’au plus périphérique. Si nous tranchons le cylindre ainsi réalisé, plus connu sous le nom d’andouille, avant que nous ne la fumions, nous trouvons que le centre est grêle, c’est à dire en d’autres termes, humble et fragile, tout serré et contraint par les plus gros boyaux.
Nous savons donc maintenant qu’en plus de se trouver dans le passé, le centre est aussi prolétaire, et qui plus est, je vous le rappelle, en Bretagne.
Je vous invite donc à faire marche arrière sur votre bicyclette à pignon fixe pour remonter le temps et l’espace en direction de Guéméné sur Scorff et trouver ainsi l’humilité requise pour votre quête du centre , n’en déplaise à votre jacobin secrétaire dans son Etat centralisé.
Je rajouterai en outre que, si l’on rapproche la superficie de l’altitude, la commune de Guéméné, qui culmine de ses 117 hectares à 118 mètres au dessus du niveau de la mer, réalise un presque carré cubique digne de concentrer toute votre attention.
Vous pouvez bien entendu publier cette contribution dans votre journal de bord.
Gwenaël de B.

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