et encore un centre du monde !

Ca n’arrête plus ! L’amigo Oscar Castro, qui dirige à Paris le bouillant théatre Aleph, mis au courant de mes recherches me fait parvenir ceci : « Aqui en esta foto le mando querido amigo mio, el centro del mundo. Cuando vengas a mi teatro podras pararte en el te daras cuenta que el mundo es redondo ». Je lui ai répondu que « le mundo esta redondo el domingo y cuadrado los otros dias de la semana. » N’empêche, je suis bien curieux de voir de près son centre du monde qui se trouve sous une table du bar du rez-de-chaussée! Sagrado companero Oscar !
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la maison-centre

 

imagesOn a pu montrer que le symbolisme d’un axe cosmique est déjà connu dans les cultures archaïques et en premier lieu par les populations arctiques et nord-américaines : le poteau central de l’habitation est assimilé à l’axe cosmique.(…)quand la forme de l’habitation change et que la cabane est remplacée par la yourte, la fonction mythico-rituelle du pilier central est assurée par l’ouverture supérieure destinée à l’échappement de la fumée.(…) Cette assimilation symbolique de l’habitation au “Centre du Monde” trahit un des comportements les plus instructifs de l’homme religieux archaïque.

Mircea Eliade (images et symboles, p.60 op.cit.)

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Un texte sumérien cité par André Parrot identifie la ziggourat “à un temple comme un astre au milieu du ciel.” Or le seul astre qui occupe le milieu exact du ciel est l’étoile polaire, axe et pivot de la rotation des constellations. Cette identification de la ziggourat à l’axe polaire se retrouve dans la dénomination de la ziggourat de Babylone, ”maison du fondement du ciel et de la terre” car c’est effectivement l’axe polaire qui par sa position centrale et sa fonction de pivot cosmique constitue le fondement du ciel et de la terre.
in Patrick Negrier (le temple et sa symbolique)

Mircea Eliade

images » Tout microcosme, toute région habitées a ce qu’on pourrait appeler un Centre, c’est à dire un lieu sacré par excellence.(…) Toutes les civilisations orientales, Mésopotamie, Inde, Chine, connaissent un nombre illimité de centres. Mieux encore, chacun de ces centres est même appelé littéralement « centre du monde ».(…) C’est dans un tel espace que l’on touche directement au sacré, soit matérialisé dans certains objets soit manifesté dans les symboles hiéro-cosmiques ( pilier du monde, arbre cosmique…)
Mircea Eliade, in Images et symboles, Gallimard-1952

Rodolphe de Fulda

images Truncum quoque ligni non parvae magnitudinis in altum erectum sub divo colebant, patria eum lingua Irminsul appellantes, quod Latine dicitur universalis columna, quasi sustinens omnia.
Il y avait aussi un tronc d’arbre d’une taille peu commune, dressé verticalement, qu’ils (les Saxons) vénéraient en plein air, et qu’ils appelaient dans leur langue « Irminsul », qu’on peut rendre en latin par « pilier du monde », comme s’il soutenait toutes choses.
(« De miraculis sancti Alexandri »,chap.3) irminsul

Widukind

images Moi, Widukind, roi des Saxons, affirme que nous nous sommes vaillamment battus contre les Francs de Charlemagne. Nous autres, Saxons, avant la conquête de la Saxe par les chrétiens, au VIII° siècle, nous vénérions dans nos forêts un arbre géant* que nous appelions dans notre langue Irminsul. Il était dédié au dieu de la guerre et il supportait le poids du ciel. Il a fallu les campagnes sanglantes de Charlemagne contre notre nation durant trente années pour abattre et détruire notre arbre sacré en 772.

*frêne ? chêne ?
Widukind

 

Stèles et rafistèles

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lIC Tous ces récits de poteaux sacrés, de dieux-piliers, de déesses qui portent le monde, ça m’a bien plu. En rentrant à la maison, je me suis attelé moi aussi à dresser des stèles tout autour de chez moi. Les païens faisaient avec ce qui leur tombait sous la main, les matériaux locaux je suppose. J’ai fait pareil avec tout ce que j’ai pu récupérer. Un concentré de basse technologie. L’important, c’est l’intention. Mais est-ce que toute cette manutention me rapprochera du centre ?

mandala sacré, sacré mandala

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La divinité tibétaine Lalachakra se trouve en centre d’un mandala considéré comme son palais sacré. Le centre où elle est assise est la matrice, le tout à partir duquel chaque chose se manifeste. Après les rites, le mandala complexe éxécuté avec du sable de différentes couleurs obtenues en boyant des pierres précieuses est détruit. Ainsi il est possible d’illustrer le caractère éphémère de toutes choses. (…)Le terme mandala vient d’un mot sanskrit signifiant « cercle ». Quant au point central du mandala, il s’appelle “bindu” en sanskrit “goutte”, “semence”.

Monique P.

images Je vois dans votre recherche centripète l’image de l’ourouboros serpentiforme dont l’orbe incarne, dit-on, l ‘éternel retour, début et fin de toutes choses soudés, le renouveau perpétuel, mort et renaissance sans fin ; à moins que tout ne finisse par retourner se fondre dans le chaos primitif fondateur. Vaste et profond sujet qui reléve aussi bien de spéculations neo-platoniciennes, de l’hermétisme , de l’alchimie, perpétuelle croissance du corpus selon les apports successifs, perpétuel rajeunissement du corps du serpent selon ses mues…Je pourrais aussi y voir, plus simplement, l’image d’un autre cercle parfait rayonnant autour d’un centre : les roues de votre vélocipède. Cette fin justifie les moyeux…
Ouroboros

lIC Oh oh, voici un mythe qui n’est pas sans queue ni tête. C’est bien joli, cette histoire de serpent qui se mord la queue mais tôt ou tard il va rencontrer de sérieux problèmes de digestion. Quant à moi, même si j’emprunte parfois des routes qui serpentent, je dois garder mon cap. Je ne vais pas suivre la piste du serpent qui se mord la queue, je m’en mordrais les doigts. Cherchons plutôt du coté de la littérature.